Qualité de vie et risque de burn out chez les médecins généralistes de l’Yonne :

Impact de l’organisation de travail et du mode de gestion des urgences ressenties.


AUTEUR : Dr Alexandra SERRES

RESUME :

Introduction : La médecine générale est en crise profonde avec un grave problème de renouvellement des générations. La crainte d’une mauvaise qualité de vie (QV) et d’une charge de travail excessive participe au phénomène. L’Yonne est le département qui a subi la plus importante baisse en densité de médecins généralistes (MG) actifs : -25% de 2007 à 2015. Les objectifs principaux de cette étude étaient d’évaluer le ressenti de la QV des MG, son évolution et le risque de burn out (BO). Elle analysait aussi leur organisation de travail et leur mode de gestion des urgences ressenties (UR) par les patients.

Matériel et méthodes : Cette étude observationnelle transversale descriptive a été menée auprès des 254 MG actifs de l’Yonne, d’avril à août 2015, via un questionnaire anonymisé adressé par voie postale. Les MG estimaient leur QV par une auto-évaluation sur échelle visuelle numérique, et les principaux items des échelles Short Form 36 et Duke. Ils évaluaient leur risque de BO à travers ses trois dimensions (épuisement professionnel, dépersonnalisation, accomplissement personnel au travail).

Résultats : Le taux de participation était de 54%. La QV professionnelle (6,37/10) des MG était moins bonne que la QV personnelle (6,75/10) et sa dégradation était significative en 5 ans (p=0,0002). La moitié des MG estimait travailler trop et ne pas avoir assez de temps de repos, 70% présentaient des signes de fatigue et 81% jugeaient que leur travail empiétait sur leur vie privée (charge administrative en cause pour 69%). Seulement 16% des MG avaient suffisamment de temps pour leur famille et leurs loisirs. Un degré élevé d’épuisement professionnel touchait 23% des MG et un degré élevé de BO complet affectait 2,2% d’entre eux (10,4% pour un degré moyen). Les MG entre 50 et 59 ans, fatigués, stressés, travaillant trop avec un repos insuffisant, au sein de cabinets à partir de 5 MG, en milieu rural ou en désertification étaient davantage à risque (p<0,05). La QV personnelle était meilleure chez les femmes (p=0,0346) et satisfaisante chez les médecins qui ne répondaient pas au téléphone (p=0,0464). Moins utilisé, le télé-secrétariat protégeait de la surcharge en consultation (p=0,0189). Aucun mode de gestion des UR n’a pu être établi comme protecteur de la QV ou contre le BO mais il fallait éviter qu’il soit source de retard car cela empiétait sur la vie privée (p=0,0098), critère lié à l’épuisement professionnel (p=0,0002). En revanche, les MG déclarant « ne pas avoir d’organisation pour la gestion des UR » avaient un meilleur respect de leur vie privée (p=0,0015) et un profil psychologique plus prompt à l’adaptation, protecteur vis-à-vis de la surcharge de travail.

Conclusion : L’altération de la QV et le risque conséquent de BO sont préoccupants pour l’avenir des MG. Des mesures de prévention et de prise en charge doivent être développées. L’organisation idéale de travail est vraisemblablement subjective et propre à chaque médecin.

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